Auroch est la cité première, elle fut longtemps l’unique. Sortie de terre à la faveur de songes, les dieux la créèrent pour y accueillir leurs fils, leurs créations. De leurs avatars, les Gnoors, parcourant les premiers chemins dallés, se rajoutent les rejetons de leurs rêves. Les Elfes qui furent les premiers des premiers, les Nains représentent la force et la bravoure, ainsi que les Gobelins alors teinté de joie, tous foulèrent les rues d’une ville sortie de nulle part. Auroch est le fruit des chimères des dieux. Leurs avatars, les Gnoors, sont les incarnations des esprits, la matérialisation de la pensée. Auroch est le reflet de leurs désirs, elle est née de rien, dans son unité elle jaillit de la pierre. Elle ne fut pas construite, elle naquit.
Un instant il n’y avait rien, l’instant d’après Auroch flamboyait de ses hautes tours, de ses venelles ensoleillées. Son cœur était vide, ses artères arides. Les enfants des dieux et leurs esprits incarnés, les Gnoors, arrivèrent des forges de la création pour l’animer.
Auroch est fille de contes, les premières pages écrites par les Gnoors lui sont consacrées. La première encre humecta le plus beau des papyrus.
Il est un don des esprits que nul être vivant ne peut concevoir, celui de la création. Il leur suffit de tracer des lignes sur la surface ivoire des feuillets sacrés pour que celles-ci soit.
Auroch est la première cité, elle est grandiose et merveilleuse, il y aura place pour toute les âmes. Ce sont les premiers mots jetés sur la toile de la destinée et il en fut ainsi. Auroch est le joyau des esprits premiers, le berceau de la civilisation.
Les Elfes furent décrits et comme cela ils se présentèrent devant le portail de la cité unique.
Les Nains, d’un dessin subtil, sortirent de terre.
Il en sera ainsi dorénavant, Auroch sera l’écrin du manuscrit initiatique, les psaumes de la vie.
Auroch est la première, vieille dame à jamais disparue. Incarnation des pleurs des anciens. Représentant d’un temps qui n’est plus, celui d’avant la trahison d’un des esprits, le vil Agarash. Celui qui est craint de tous aujourd’hui encore. Jaloux de ses frères et de leurs créations, il en fit une à son image, la première qui n’avait de but que la gloire de son créateur. L’Homme fit son apparition à Auroch et se répandit dans tous les territoires. Vie brève mais capacité reproductive surpassant tout entendement. Comme le rat qui l’accompagna dans la cité, il se repend comme une trainée de poudre, s’infiltre comme la peste. L’homme est un fléau.
Le maudit subtilisa un feuillet et y jeta ses désirs. Il fut rejeté de ses semblables. La première dissension marqua le départ des esprits. Seuls leurs avatars, les Gnoor, leurs représentants palpables, leur yeux, parcourront les vastes étendues comme de simples figurants.
L’époque des esprits n’est plus, l’âge des Elfes arriva. L’homme baigné des sentiments du vilain l’envia et jalousa ses terres, la première guerre survint.
Auroch la première, fut menacée et les parchemins divins dispersés dans les territoires Elfes, les antiques royaumes d’Emeraudes. Les ans et les ères diminua le pouvoir des saintes feuilles. Régurgitant des siècles d’encre, aucune ligne ne reste visible plus que quelques heures et ce qui fut vérité et exécuté dans l’heure devint légendes et rumeurs.
Prisonnier des enfers, Agarash se languit et recherche les anciens manuscrits.
Auroch fut la première, elle disparut avant l’avènement de l’homme, avant la chute des royaumes d’Emeraudes. Les orques, combattants de l’esprit rejeté, susurrèrent aux oreilles des Gobelins, devenant de par ce fait simples esclaves, de viles paroles. Ils se déversèrent sur les terres fertiles comme un cancer dans l’organisme.
Auroch n’est plus, elle disparut comme elle apparut six siècles au paravent, comme un éclair. Les parchemins, oubliés des simples mortels, se morfondent dans des tours délabrées, des coffres de guingois. Ils ne créent plus la vie, ne dessinent plus le futur, ils sont le reliquat de ce qui fut et ne peuvent qu’au plus, faire part de vagues murmures. L’outil de la divinité, enjeu des puissants, initiateur de toute chose n’est plus, tout comme Auroch disparue des cartes. Aucune ruine ne fait par de son existence. Comme les premiers papyrus, elle n’est que comptine pour enfants.
Ceux qui n’ont d’yeux en pleurent encore.
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